Je déballe ma bibliothèque
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[Mots-clefs du jour : disques vinyls barbapapa]
Mon meilleur ami en Bédé
Il y a deux ans encore on le qualifiait d'en-cours (souvenez-vous). Le projet de Gabriel Dumoulin est désormais officiellement annoncé chez Ego comme X pour le 29 septembre 2010 (dossier de presse, interview et extrait disponibles sur le site de l'éditeur).
Mon meilleur ami est un récit emprunté à la vie de l'auteur et de ses proches. Vie amoureuse et questionnements existentiels sur l'amitié, le sexe et le couple, tel est le matériau principal-mais-pas-que de ce roman graphique que l'éditeur rapproche de l'univers d'Eric Rohmer.
On ressent en effet dans les dialogues cette façon vouée à l'échec de crier "Haydééééée" à chaque femme qu'il croise dans les escaliers des pentes de la Croix-Rousse, et cette méthode implacable de faire un gros plan sur le personnage lorsqu'il va sortir "la phrase" (les planches de la conversation entre Gabriel et son meilleur ami, mises en ligne sur le site de l'éditeur sont particulièrement évocatrices de cette mise en scène des dialogues).
Il collectionne les sujets, les discours avec ses amis et analyse avec tendresse et humour son rapport aux autres et à leurs questionnements, un humour qui oscille entre l'insoutenable légèreté de l'être (en une voire deux bulles) et le burlesque des plans séquences (la chute). Les dialogues et le graphisme très réaliste donnent en tout cas au récit une marque GB, car on l'a vu grandir depuis ses premières productions sur ACD et on a hâte de lire la suite.
[Mots-clefs du jour : bd adulte gabriel dumoulin]
Madoff et le journalisme littéraire
Dans la veine des excellents ouvrages du journaliste David Grann publiés l'année dernière (Le Caméléon et Un crime parfait), Allia continue son exploration du journalisme littéraire avec la publication de Madoff, l'homme qui valait cinquante milliards de Mark Seal. Reconnaissons à Allia et à sa collection à 3€ le talent d'une sélection de textes qui nous poussent à la curiosité les yeux fermés.
L'auteur regroupe trois enquêtes précédemment publiée dans Vanity Fair autour de l'événement du 11 décembre 2008 : l'arrestation de Bernard Madoff et la révélation de l'une des plus grandes escroqueries financières de l'histoire : 50 milliards de dollars partis en fumée, des milliers de personnes ruinées.
Le récit journalistique, comme chez David Grann, se lit comme une fiction, se dévore comme un polar dont on a l'intime conviction de réalité et c'est ce qui fait la force de ce que révèle l'écriture. La première partie nous plonge immédiatement dans la matière la plus forte et la plus spectaculaire de l'affaire Madoff : les témoignages des victimes, souvent très fortunées. Troublant de lire et relire la description extraordinaire de cette scène d'un très grand restaurant de Palm Beach où des victimes de Madoff apprennent au même moment qu'elles sont ruinées : cris, hurlements... Une vraie scène de cinéma.
La compilation de ces trois enquêtes est très bien structurée, nous baladant sur ce paysage complexe selon différents points de vue. Un bonheur de lecture.
[Mots-clefs du jour : les effets pervers du bénévolat]
Le 1er Lipdub en bibliothèque française
Nous vous avions déjà parlé de la créativité du portail Arts Vivants de la médiathèque de Vaise à Lyon, ils ont encore frappé avec un Lipdub, c'est-à-dire un clip vidéo réalisé en plan séquence et playback à partir d'une chanson.
Les bibliothécaires ont bien sûr tourné in situ dans la médiathèque pour exploiter au maximum les ressources qu'offre le It's oh so quiet (traduction : c'est si silencieux) ! interprété par la chanteuse islandaise Björk. Merci d'éteindre votre téléphone portable et de cliquer sur la photo à gauche pour accéder à la vidéo.
Pour en savoir plus :
Le site officiel français Lipdub.
Depuis sur le buzz :
Le 28 sur couv en ill en couleur et repris par Desperate Librarian Housewife. A suivre ...
Autant pour moi ! Vagabondages a révélé que le premier lipdub en bibliothèque française avait été réalisé à la Bibliothèque Kateb Yacine de Grenoble, mea culpa ! Pour le voir, c'est ici.
[Mots-clefs du jour : photographique de fou]
La vraie vie d'Hélène Georges
Hélène Georges vient de sortir son deuxième recueil de nouvelles chez Michel Lagarde. Première agréable surprise : la couverture bleue apparaît en bonne place dans les librairies spécialisées et soucieuses des petites éditions. On peut donc facilement se procurer La vraie vie d'Hélène Georges et mine de rien c'est une reconnaissance.
Six nouvelles, six prénoms comme autant d'histoires vraies puisque tel est le postulat de ce recueil. Hélène Georges est ici narratrice, témoin et actrice de certaines histoires que l'on suit comme autant de récits de jeunesse (Alain), d'apprentissage amoureux (Camille, Béatrice) et citoyen (Samia). Peu importe qu'elle ait vécu ou soit uniquement dépositaire d'histoires, HG raconte en posant sur ces personnages un regard tendre, d'où peut-être le principe de prendre pour titre de chaque récit le prénom du héros ou de l'héroïne. Certaines nouvelles se terminent de manière déroutante, on aimerait en savoir plus, mais relisez bien en ayant en tête le postulat du vrai, c'est une tranche plus dense qu'il n'y parait derrière une légèreté apparente. Lorsque Damien va acheter du tabac par exemple, on sent qu'on n'est plus dans le registre de l'anecdote.
Le lecteur de ses précédentes rêveries retrouvera avec plaisir ce trait et cette mise en page si singuliers entre illustration et bande dessinée. Chez Hélène Georges on ne parle pas vraiment de cases mais de plans et de séquences, il n'y a pas de ligne qui délimite vraiment une action d'une autre, comme un rouleau qui défile du début jusqu'à la fin. La première planche de Samia (une des nouvelles les plus réussies à mon avis) est assez caractéristique : dans un même espace, le lecteur découvre le lieu de l'action (la chambre) et Samia enfilant son hidjab dans un mouvement très dansant et élégant. Tout est dit : la dureté de l'apparence (mettre le hidjab pour sortir) et la douceur des personnages dans un même plan. Et oui il y a une densité derrière cette légèreté apparente.
Pour en savoir plus :
une critique sur Bodoï
[Mots-clefs du jour : le comte de Monte-Cristo livre audio gratuit]
La Bibliothèque au coeur des services publics
La Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges (BFM pour les intimes) fête ses 10 ans et lance pour l'occasion une campagne d'affichage autour du slogan Liberté, gratuité, fraternité. Les affiches mettent en avant les missions de la bibliothèque publique, des pendules à l'heure, loin du bling bling et près de ce que l'on peut observer au quotidien :
- Pierre vient lire ici tous les jours; on ne lui a jamais demandé ses papiers
- Julie demandeur d'emploi : 640 000 documents à sa disposition
- Copains depuis le lycée, ils se retrouvent ici tous les samedis
- Comme à la maison1 ...
On aurait pu ajouter que ... Michel2 n'a pas de toit mais ne rate aucune conférence, Kevin vient souvent faire ses devoirs le mercredi après-midi et le samedi, Mr & Mme M. aiment bien déjeuner au café avant d'aller faire des courses au centre commercial, Mister W. consulte les actualités du Niger où il est né, Hélène a découvert la langue des signes en allant écouter des contes avec sa fille de 4 ans, Robert et Simone ont appris à utiliser un ordinateur et communiquent désormais par messagerie électronique avec leurs petits enfants. D'ailleurs ce n'est pas précisé sur l'affiche mais Julie a aussi appris à faire son CV qu'elle imprime régulièrement tout en consultant des annonces sur le web.
-> clic clic pour visionner les affiches <-
1 Ah je comprends mieux maintenant les causes à effet des miettes de chips sur les tables de lecture !
2 Certains prénoms ont été changés.
[Mots-clefs du jour : kan an diskan aurelie elie]
Les bibliothèques et l'inaliénabilité
Mais que peut bien évoquer Emmanuel Pierrat lorsqu'il dit : Elle font avec la place qu'elles ont !
Réponse : les bibliothèques [en parlant de désherbage].
A écouter sur Les Matins de France Culture, à propos de la sortie de son livre Museum connection : enquête sur le pillage de nos musées.
Si vous ne voulez pas écouter le reste, contentez-vous de prendre l'émission à partir de 1h37 du début de l'émisson environ, au moment où E.P. aborde l'assouplissement de l'inaliénabilité dans les musées, le justifiant par les pratiques déjà bien courantes en bibliothèque : c'est une question dont s'affranchissent par exemple certains bibliothécaires. On appelle ça désherber. [Le petit côté Attila des filles à chignon ?]. Il y a même un manuel officiel du désherbage [L'art de la guerre par Sun Tzu ?] (...) En théorie ce qui est illégal, c'est à dire vendre ce qui appartient à la collectivité publique, est pratiqué par les bibliothèques, qui estiment qu'il ne faut pas garder une vieille édition d'un Quid, d'un Larousse ou quoi que ce soit. Ce en quoi elles se trompent peut-être mais elles font avec la place qu'elles ont. Tiens j'ignorais que le désherbage était une source de financement en bibliothèque !
Mise à jour novembre 2011
J'ai été citée par Emilie Thilliez sur son site Formation des métiers du livre à propos du désherbage comme un blogueur manifestement peu au fait de la législation. Je tiens à rassurer Emilie : je sais bien évidemment qu'on peut vendre légalement des livres voire même des biens mobiliers, le site Agorastore spécialisé dans des ventes se porte d'ailleurs assez bien face à l'endettement de nombreuses collectivités.
Je parlais plutôt d'un contexte et d'une mise en perspective qui pouvait faire passer le désherbage pour une pratique insupportable. D'ailleurs c'est E.P. qui parle de pratique illégale, pas moi.
[Mots-clefs du jour : méthode pour trouver ruines a traver photos satellite]
Le genre en bibliothèque
Et si on parlait de contenu ? La bibliothèque municipale de Lyon a lancé hier le site Internet de son Centre de ressources sur le genre. Créé il y a un an, le Centre s'incrit dans la lignée de l'important fonds documentaire sur l'homosexualité déposé par Michel Chomarat en 1992, lui-même initiateur des Assises de la mémoire gaie et lesbienne organisées depuis 2002.
Inscrire des séries de conférences1, une exposition (Follement gay) et désormais un centre de ressources au coeur d'un lieu comme la bibliothèque publique est pionnier en France. Le fonds s'ouvre sur toutes les facettes du genre et non plus sur la seule appellation gaie & lesbienne, à l'image des gender studies depuis bien longtemps implantées aux Etats Unis comme les Archives du centre LGBT à New York dès 1983. Il faut également mentionner la mise en place d'archives associatives importantes comme les Archives Recherches Cultures Lesbiennes (ARCL) crées également en 1983 ou de centres plus institutionnels comme le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir (CASdB) créé en 1982.
Le centre lyonnais a donc une double mission de gestionnaire de collection et d'ouverture vers un plus large public. La mémoire s'inscrit dès l'origine du projet au coeur des missions, qu'il s'agisse de mettre à disposition du public des documents, d'organiser des conférences suivies de débats ou de collecter des témoignages. Le site web se propose d'aborder toutes les facettes de ses missions en mettant à disposition une présentation du fonds, une sélection thématique des collections par département, des articles et conférences audios & vidéos disponibles en ligne ainsi qu'un répertoire de liens français et internationaux.
[[[[[ site web du centre ]]]]]
1 Pour mémoire : La mémoire gaie en 2002, Les gays et lesbiennes ont-ils une histoire en 2003, Gays et lesbiennes en Chine en 2004, La déportation des homosexuels en 2005, La visibilité des transgenres en 2006, Lesbienne mon amour ! en 2007.
[Mots-clefs du jour : Florence Delay féminisme]
Précis de conjugaisons ordinaires
Les éditions Xavier Barral ont sorti fin 2006 un excellent petit livre rose intitulé Précis de conjugaisons ordinaires, tentative d'étirement du français figé de Florence Inoué, David Poullard et Guillaume Rannou, trois éminents typogrammairiens. Un bel objet typographique qui réconcilie avec l'imparfait du subjonctif et les locutions populaires (merci à l'Epluche-Doigts pour cette découverte).
Que j'eusse aimé ça, hein ? en primaire me semble être une évidence.

Aller hop ! un petit tour sur l'article du Typographe.
Fenêtres, open Space d'Anne Savelli
Anne Savelli vient de sortir aux Editions Le mot et le reste (bel objet, souvenez-vous d'Eugène Boutmy ...) un ouvrage intitulé Fenêtres, Open Space.
A.S. a longtemps publié dans différentes revues sur le web comme ACD, pleutil? et remue.net. C'est d'ailleurs sur le site collectif fondé par François Bon qu'elle publie les premières pages de Fenêtres. Anne Savelli retranscrit en mots son regard à travers la fenêtre de la ligne 2 du métro. Chaque jour elle s'attache à décrire ce qu'elle voit lorsque le métro sort de terre entre les stations Colonel fabien et Barbès.
Fenêtres est le journal poétique de cette aventure urbaine. On pense à Pérec, à Roubaud, à cette façon de s'approprier l'espace et raconter par listes et contraintes. Idée lumineuse que cet index en fin d'ouvrage.
A noter : Anne Savelli a ouvert un blog pour continuer son journal en Open Space avec textes et images. Retour sur le web : la boucle est bouclée.




