Laurenz BergesLongtemps j'ai parcouru les salles de l'exposition Objectivités, la photographie à Düsseldorf au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. Un panorama de photographes allemands autour des mots-clefs séries, paysages, listes et contraintes, photographes qui sont passés ou non par l'école de Düsseldorf mais qui ont tous plus ou moins été influencés par le travail de Bernd & Hilla Becher et de leurs élèves (à l'école de Düsseldorf donc, ah ah, CQFD).

Listes, Séries — Le travail des Becher sur le paysage industriel est défini par son sujet (inventaire du patrimoine industriel) mais aussi par le projet artistique et la mise en forme du résultat photographique, sous forme d'accumulation d'images qui paraissent identiques. L'accrochage met particulièrement en valeur l'aspect sériel dans la salle  consacrée aux Becher et à leurs élèves comme Thomas Ruff, Thomas Struth et Candida Höfer.

Séries de châteaux d'eaux et d'usines (Becher), de rues au petit matin (Struth), de portraits et d'intérieurs d'appartements (Ruff) ... Ce modèle formel et ce qu'il dégage par comparaison, accumulation et listes se retrouve dans de nombreux travaux comme les portraits d'Ursula Schulz-Dornburg qui n'a pas fréquenté l'école mais reprend le concept pour révéler le rapport entre le lieu et les habitants dans sa série Arrêts d'autobus en Arménie. La juxtaposition des images  apprend à regarder l'ensemble comme l'unité, le lointain comme le moindre détail.

Traces du quotidien — On ne manquera pas l'archéologie de l'objet (la liste donc) d'Hans Peter Feldmann, un travail de collecte sur le quotidien notamment dans Bibliothèque (2005) ou ses Vues de fenêtres de chambre d'hôtel (1975-88). La série de Laurenz Berges sur les maisons abandonnées reprend ce travail d'archéologie/inventaire par l'image. L'artiste photographie les traces de vie sur des lieux laissés à l'abandon depuis longtemps (cf. photo ci-dessus). Un artiste moins connu qui mérite l'attention.

Evolution, entre OuliPo et numérique — La fin de l'exposition consacrée à l'héritage contemporain permet de voir l'évolution de certains photographes comme Candida Höfer (série des musées et bibliothèques historiques), Andreas Gursky (ses grands formats), Thomas Struth (visiteurs au musée du Prado) ou Thomas Ruff (photo de guerre ultra pixellisées). On retrouve les aspects de séries (Höfer), interrogation du regard (Gürsky et Ruth) imprégnés de l'évolution de l'image que ce soit celles inondant les médias numériques (Ruff) ou celle que perçoit désormais le spectateur par sa propre consommation (Struth).

Après ce constat sur l'évolution des élèves Becher, l'oeuvre oulipienne de Jörg Sasse vient remettre le spectateur dans le feu de l'action pour le meilleur, c'est-à-dire l'interrogation du regard sur l'image (avec contrainte donc) et non pas un exposé didactique de ce qu'est l'image. Sasse propose un bloc de 512 photos numérotées et encadrées ainsi qu'une série de fiches recto-verso proposant un thème sur le recto et une série de codes sur le verso. Le spectateur est amené à choisir l'une des fiches puis un code de la fiche. Ce dernier correspond à un accrochage de différentes photographies que le spectateur aura donc contribué à faire découvrir. Combien de décrochages-accrochages dans une journée de visites ?

Pour en savoir plus :
Un dossier thématique autour de l'expo sur le blog Photographie contemporaine.
Un article sur l'installation de Jorg Strässe sur le blog Amateur d'art "par Lunettes Rouges".

[Mots-clefs du jour : les chevaliers paysans de l'an mil au lac de paladru jaoui video]