Loin de l'exotisme, de l'aventure et du goût labyrinthico-mystique qu'elle inspire, l'archéologie est devenue une façon de voir le monde, tout du moins de le décrypter. Mais pas que ...

Petit rappel : l'archéologue est toujours ravi(e) de trouver une poubelle médiévale, le meilleur moyen de reconstituer la parcelle d'un instant immédiat : celui de la consommation (déjà) mais aussi des pratiques. On a beau rigoler de la thèse d'Agnès Jaoui sur les chevaliers paysans de l'an Mil au lac de Paladru dans On connait la chanson (oups), l'étude des noyaux de cerises et des crottes de moutons a rudement aidé à les qualifier de chevaliers paysans(1).

Bref les poubelles, on a-dore.

La sociologie a évidemment pris le pas sur l'archéologie et a elle-même donné lieu à un projet artistique récent mêlant sociologie et pipolisme, exposé à la MEP et bien nommé Trash. Les photos des contenus de poubelles de staaars associés à leur nom (Madonna, Brigitte Bardot ...) ne sont pas sans rappeler plusieurs projets photographiques contemporains associant un portrait à un contenu, du genre Je suis ce que je mange (projet Fridgewatcher(2)), et ce dès le petit déjeuner (Breakfast de Jon Huck), voire ma chaussure dans ta face (The Shoe project). Alors je pose ma question :

Suis-je ce que je lis ?

Et pourquoi pas un librarywatcher des étagères personnelles(3) ? J'essaye de mettre en ligne rapidement une portion de noyau de cerise, mais ne vous attendez pas à Libraries de Candida Höfer ... Et participez !

(1) Pour preuve, cette étude pertinente sur les coprolithes de Paladru où il est dit qu'une crotte de mouton peut renfermer plus de 10.000 pollens parfaitement conservés. Or vous n'ignorez pas les progrès redoutables de la palynologie
(2) Bon Michel est le seul Français à avoir participé ...
(3) Philippe de Jonckheere a son Désordre, Yann Serandour sa bibliothèque virtuelle, pourquoi pas vous ?