bibAlberto Manguel a livré Une histoire de la lecture fort célèbre, relayée depuis peu par sa suite, La bibliothèque la nuit. Parmi les sentiments collectifs (comme avoir l'impression d'avoir déjà vécu une discussion ou une situation), celui de ne pas pouvoir lire — encore moins relire — tous les livres existants et accessibles, pas même ceux qui sont logés dans sa bibliothèque, qu'elle soit caverne d'Ali Baba ou parfaite réplique d'un exemplaire Dewey bien rangé à sa place. Sans parler d'une mise à l'épreuve d'ordre philosophique dont l'avènement annoncé de la bibliothèque électronique ne saurait réduire la portée comme le traite Manguel dans son dernier ouvrage, nous avons tous été confrontés à ce constat de vivre sa bibliothèque idéale en la réduisant à la peau de chagrin de nos possibilités.

Mais voilà une bien jolie histoire contée et vécue par une bibliothécaire de ma connaissance. Imaginez une vieille dame amatrice de livres et de bibliothèque publique, attirée par les étagères de romans. Sa bibliothèque est celle qu'elle s'est forgée : lire tous les romans les uns après les autres en commençant par le premier A jusqu'au dernier Z au point de dire que lorsqu'elle arrivera au Z elle aura lu tous les livres, tous les livres, tous les livres ...
Et tant pis si certains sont empruntés au moment où elle arrive à leur place, tant pis si d'autres récemment achetés viennent rejoindre les piles déjà compulsées, tant pis si elle enchaîne d'un LEVinas à un LEVy, d'un GENet à un GENevoix.

Son épreuve est de lire tous les livres. Sa technique est de les aborder du premier au dernier à cahcun de ses passges. Une bien belle façon d’exprimer que la bibliothèque contient tous les livres, le hasard et la dewey font paradoxalement le reste.

Ne pas manquer en complément du Manguel, l'excellent de Penser/classer de Georges Perec publié sur Désordre.net.