"J'ai travaillé un langage qui m'a donné des possibilités de penser l'art d'une façon nouvelle. Celui du corps, mon geste radical : le corps devenait le matériau et l'objet du discours (sens - esprit et matière)."

Fran_oise_Masson_copGina Pane – Une rétrospective au Centre Pompidou ( 16 février-16 mai 2005) évoque cette artiste italienne considérée comme l’une des premières à explorer le body art. En réalité son travail de réflexion politique et profondément humain est plus qu’une simple performance, une utilisation de son corps pour inciter le public à faire face à des questions sur le monde. Les interventions de Gina Pane sont en ce sens une tentative de communication sur ses propres questionnements, questionnement qui passent parfois par la souffrance. Son travail n’est pas sans rappeler les pièces de Sarah Kane qui exposait sur les scènes de théâtre, la douleur de voir le monde. Gina Pane est décédée en 1990, Sarah Kane en 1999.

Le centre Pompidou évoque les grandes phases du travail de Gina Pane à travers certaines des œuvres maîtresses, rassemblant ses écrits, photos, vidéos et objets des performances. Le corps est le matériau premier de Gina Pane, ce corps humain qui, à la fin des années 60, se pose dans l’environnement naturel et entre en relation avec lui (Terre protégée 2, Pierres déplacées, etc.). L’interaction avec les autres, l’environnement, les sens tissent une ligne directrice plus concrète et spectaculaire lors de performance en atelier et en public qui feront date dans l’avènement de l’art corporel. Parmi ces actions où le questionnement et la souffrance du corps sont d’une force d’évocation inouïe, l’exposition présente parmi les œuvres charnières Escalade non-anesthésiée (1971) où l’artiste escalade des échelles dont les marches sont munies d’ergots de métal ; Ne pas manquer Action Autoportrait(s) : mise en condition, contraction, rejet (1973) à travers les photographies de Françoise Masson, les vidéos de la performance en public, les objets (chemise, etc.). L’ensemble de ces supports supplémentaires enrichit la lecture de l’œuvre lorsqu’on sait toute l’importance donnée par l’artiste à la photo et la vidéo. Dans son Tiers Livre, François Bon évoque l'oeuvre de Gina Pane, quelques références bibliographiques et deux articles tirés de l'Encyclopaedia Universalis & Inrockuptibles.